Entretien Florence Pélisson – Partie 2

Pour réaliser vos travaux, quel papier, quelle gouache, quels pinceaux avez-vous choisi ?

Vous serez peut-être déçue, mais j’utilise des supports et des outils tout à fait communs !

Ma peinture a besoin d’un support très lisse, sans grain mais assez rigide et réagissant bien à la technique de la gouache. Le papier Arcoprint 300 gr vendu par Gerstaecker fait très bien l’affaire.

Les pinceaux sont encore plus standards : après de multiples tentatives avec des pinceaux en poil de martre je suis arrivé à la conclusion que des pinceaux Jax « Scholl série C » nos 3, 4 et 5 me convenaient parfaitement. Vu leur prix, j’en achète une vingtaine de chaque. Dans le lot il est vrai que certains sont parfaitement inadaptés mais l’usure progressive de la pointe me donne la précision nécessaire.

Quant à la gouache, là, pas de compromis : c’est de la Linel extrafine qui contient de la gomme arabique et un excellent pouvoir couvrant. Le grand avantage de cette gouache réside dans le choix très vaste des couleurs.

Lorsque vous êtes pris par la peinture, comment vivez-vous ce temps de repli, cette parenthèse ? 

J’ai besoin du silence absolu pour travailler : j’aime entendre mon pinceau glisser sur la surface du support, cela participe du contrôle de ma main. J’ai essayé à plusieurs reprises d’écouter de la musique (du jazz ou du classique) en travaillant mais en fin de compte cela me dérange beaucoup plus que cela ne m’inspire. Les seuls sons qui parviennent dans mon « atelier » sont des bruits naturels : oiseaux, chats et feuillages de mon jardin.

Votre travail se rapprochant de celui de l’enluminure, vos peintures trouveraient leur place dans des livres : cela constitue-t-il un projet ? Y a-t-il des lectures qui inspirent votre travail ? L’écriture fait-elle partie de vos modes d’expressions au même titre que la photographie ou le dessin ?

Vous avez parfaitement raison de voir dans une partie de mes travaux des images qui pourraient accompagner des textes, j’en ai souvent fait le même constat. Pourtant, pour l’instant, il n’y a pas de projet de livre d’autant que, n’écrivant pas moi-même, il me faudrait des auteurs…

Bien que grand lecteur, je dois vous dire que ni les livres, ni la musique, ne sont des sources d’inspiration pour mon travail.

Vos voyages inspirent-ils votre travail pictural ?

Il y a surement une influence mais elle n’est jamais directe et consciente. Les miniatures persanes redécouvertes lors d’un voyage en Inde, les tissus du Sikkim et, plus généralement, l’art oriental sont toujours présents dans mon esprit sans que pour autant je m’y réfère avant d’entamer une peinture.

Vos peintures récentes diffèrent-elles de celles, anciennes, qui n’ont pas été montrées lors de l’exposition au théâtre et ne figurent pas non plus sur votre site ?

Il serait possible de remonter très loin dans le temps pour trouver des prémisses des diverses voies suivies lors de mes derniers travaux. Dans les années 1970, j’avais déjà travaillé à partir de feuillages et d’arbres (en photographie comme en peinture) ; les dessins à l’encre du milieu des années 1980 sont certes en noir et blanc, mais pas si éloignés que cela de certaines de mes peintures plus récentes.

Tout une part de mon travail antérieur était fondé sur les combinatoires, les permutations. C’est ce que l’on peut retrouver dans les peintures « géométriques » présentées à Fontainebleau.

Il n’y a donc pas de rupture totale – ce qui, à mon âge, aurait été étonnant – mais plutôt une filiation entre œuvres anciennes et récentes.

Les encadrements de vos œuvres ont été réalisés par votre épouse et constituent une part importante de la perception de votre travail : comment s’est déroulé ce pan de la création ? (Cela a-t-il donné lieu à de longs débats ou vous en êtes-vous entièrement remis à son professionnalisme ?)

Sujet douloureux ! J’étais d’avis d’opter pour des encadrements très simples, baguettes de pin clair par exemple…

Ma femme a réussi à me convaincre de choisir des encadrements beaucoup plus raffinés. Mais le court délai pour encadrer parfaitement a été un véritable challenge, et, en fin de compte, la pression s’est reportée davantage sur elle que sur moi… Si je me suis chargé de l’encadrement dans des caisses américaines des travaux réalisés sur bois, il lui restait une bonne quarantaine de travaux sur papier à encadrer. Connaissant son goût, son soin et son désir de trouver la manière possible de présenter mon travail en le mettant vraiment en valeur, vous imaginez le temps et la souffrance…

Aujourd’hui vous privilégiez la peinture comme mode d’expression : peut-on espérer prochainement une nouvelle exposition de vos œuvres peintes accompagnées peut-être de vos travaux photographiques et/ou de vos dessins ? Une rubrique leur sera-t-elle consacrée sur votre site ?

La photographie est une activité parallèle à ma peinture. Elle ne l’a pas toujours été. Il y a eu des périodes d’alternance, de va et vient, entre photo et peinture, l’une prenant le dessus sur l’autre. Actuellement, je suis dans une phase où la peinture prime bien que je continue à photographier.

La perspective d’une exposition peinture/photo est intéressante mais complexe à mettre en œuvre pour tout un tas de raisons. Quant à présenter des photos sur un site, pourquoi pas ? Ce serait sans doute un second site, uniquement consacré à la photographie.